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LITTERATURE

Un auteur tortembruchois méconnu :
Toto Rigobert, chef de file de la Poésie Pompier au XIXème siècle
par Bernard de Saint-Antoine, chroniqueur littéraire

Sa vie - son oeuvre (1) - oeuvre (2) - postérité

SA VIE

Toto Rigobert naquit à Tortembruche-sur-Escaut le 29 février 1844. Sans doute cette date particulière a-t-elle joué un rôle essentiel dans le développement de son sens poétique : la rareté de son anniversaire (une fois tous les quatre ans) entraînant à la fois une frustration et le sentiment d'un caractère exceptionnel attribué au retour quadriennal de cet événement.

On ne possède aucune photo de Toto de son vivant, ce qui contribue à renforcer la légende. Cependant, tout laisse à croire qu'il fut représenté indirectement dans les oeuvres du grand dessinateur Christophe (Le Sapeur Camembert, Le Savant Cosinus, La Famille Fenouillard...), sous les traits d'un abruti parfait tel le docteur Max Hilaire, dentiste devenu fou par la faute de Cosinus. D'où les portraits qui ornent désormais son musée, comme celui que vous voyez ici à droite, le représentant dans un de ses éclairs de génie.

On notera que le grand Christophe a précisément choisi la date anniversaire de Toto pour son personnage du sapeur Camembert, une preuve de plus s'il en fallait.
 


 

Le génie poétique et pompier de Toto se manifesta dès son enfance (voir la page suivante), et ne se démentit jamais tout au long de son existence. Après moultes pérégrinations et la non-publication de ses premières oeuvres poétiques, refusées par toutes les maisons d'édition de l'époque, ce qu'il considéra comme la marque de son destin, il se décida, le 29 février 1868, à fonder officiellement le mouvement Pompier, dont il fut le chef de file incontesté.

Son principe de base était celui-ci : la bêtise mène le monde, et l'Art a le devoir de la sublimer. Principe révolutionnaire pour l'époque, puisque totalement en contradiction avec ceux de Hugo ou Baudelaire par exemple.

Il ne jura dès lors que par le pompiérisme, au point de se voir lui-même comme le principal rival du poète Arthur Rimbaud, dont l'art s'appuie au contraire sur l'intelligence et le génie. Il n'eut de cesse de ruiner la célébrité du grand Arthur, comme en témoignent certaines oeuvres polémiques, comme celle que nous présentons à la page suivante.
 

Dans le courant du mois de mars 1872, Toto monta à Paris dans l'intention de défier son rival. Il le chercha d'abord vainement à l'Académie Française, où le concierge l'orienta plutôt vers le quartier de Pigalle et ses bouges réputés. Il finit par le dénicher par hasard dans un estaminet, où il le trouva en grande conversation avec Verlaine. De la porte de l'établissement, il lui lança péremptoirement l'accusation qu'il avait longuement mûrie dans le train qui l'avait amené :
« Monsieur, votre génie est une insulte à la bêtise humaine ! Je ne vous salue pas ! »
On considère généralement que Rimbaud ne réagit pas à l'injure, plongé qu'il était dans une de ses Illuminations et dans son verre d'absinthe. Seuls les livres de comptes du tenancier portent la trace de l'algarade, quelques verres ayant été brisés dans l'incident par des clients interloqués.

On ne sait trop si l'image ci-contre représente Toto avec Victor Hugo (dit Totor), à qui il aurait demandé conseil selon la légende, ou avec un ivrogne du quartier qui l'aurait reconnu comme son frère d'armes. Toujours est-il que Toto regagna Tortembruche dans la soirée, et jura de ne plus jamais mettre un pied dans la capitale, haut lieu de toutes les corruptions poétiques.


 

On ignore tout de la vie personnelle de Toto Rigobert, tant il s'efforça de vivre dans l'anonymat le plus complet. On sait seulement qu'il mourut dans la nuit du 1er avril 1899, ce que ses proches interprétèrent comme la dernière blague de Toto, qui ne pouvait rien faire comme tout le monde.

Son corps fut ensuite livré à la Science. Non pour qu'on fît la dissection de son cerveau, comme pour celui d'Einstein ; mais pour qu'il continuât de servir comme il l'avait toujours voulu : brocardé et vilipendé par le public.

En effet, son squelette (en photo ici à gauche), nettoyé de toutes chairs, trône aujourd'hui encore en bonne place, et en tout anonymat, dans la salle de Sciences Naturelles du collège de Tortembruche (le collège Arthur Rimbaud, ironie du sort !), où il reçoit quotidiennement sa dose de quolibets et de boulettes de papier. On notera comme preuve que c'est le seul collège de France où le squelette de Sciences Nat' soit surnommé Toto, le prénom d'Arthur étant la règle partout ailleurs.

L'étrangeté de ce destin a amené certains cabalistes et ésotéristes à voir, dans la perpétuation de la dualité Arthur-Toto qui se poursuit ainsi, Toto comme une sorte de double noir originel d'Arthur, à l'image de Docteur Jekyll et Mister Hyde, ou Abel et Caïn. Certains médiévistes recherchent même les traces d'un mystérieux roi noir Toto qui aurait pu s'opposer au roi Arthur de la légende, en vain jusqu'à présent.

 L'oeuvre de Toto Rigobert (1) -  Son oeuvre (2) -  Postérité

 

© Bernard Bouillon